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Publié par Jerome

« Covider » n’est pas prévenir

IPRP et autres préventeurs semblent se découvrir avec l’émergence puis le confinement autour de la crise sanitaire du COVID-19. Les branches d’activité, les syndicats professionnels, dans la ligne du gouvernement ont établi (édicté) des règles génériques. Peu sont ceux qui se sont basés sur les risques biologiques et les agents pathogènes réels.

Il n’y a pas cinquante types de formations en France dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail. Seule une formation à BAC +2/+3 est viable en France depuis des années, il s’agit des IUT HSE. Au nombre d’une vingtaine aujourd’hui, il y en avait seulement 5 en 1995. Et si les L3 et M2 ont fleuri, rares sont ceux réellement spécialisés sur les domaines de la santé et de la sécurité au travail. La prévention des risques ne semble toujours pas un métier mais plutôt une spécialité et chacune et chacun peut ensuite se targuer d’être experte en prévention des risques. Aussi, je croise des ingénieurs santé-sécurité et des experts en prévention des risques professionnels malgré des connaissances et compétences de bases bien maigres. Non la prévention des risques n’est pas affaire de bon sens. Elle est la composante de trois facteurs (de manière réductrice) : la règle, la volonté, l'appréhension du risque.

La règle donne le cadre et sans celui-ci, il est illusoire de vouloir s’organiser. La règle, on râle après, on explique que la France a trop de règle,…, et pourtant la majorité des entreprises de plus de 200 personnes ajoutent à ces règles par la mise en place de système de management de type ISO. Pour celles et ceux qui en doutent, le Code du Travail, surtout à travers l’évaluation des risques professionnels, propose de se baser sur l’amélioration continue.

La volonté est à la fois dans et hors du cadre. Elle est indispensable pour oser mesurer sa situation vis-à-vis du cadre et elle devient primordiale lorsque l’entrepreneur cherche la performance. Il s’agit d’oser travailler de manière collaborative, Oser se regarder et ne pas rejeter l’accident sur les autres, Oser assumer sa part de travail et de responsabilité. La volonté se situe également du côté des équipes qui parfois sont peu engagées et mettent à mal la prévention. Elle peuvent être également motrices pour peu que l'échange soit ouvert au sein de l’organisation.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait » - Mark TWAIN.

 

Dans la réalité, qui a réellement agi factuellement et sans émotion depuis le début de la crise ?

Le risque biologique est présent à travers les champignons, les parasites, les virus et les bactéries. Pour chacun des agents biologiques, des mesures de prévention et de protection adaptées existent (cela ne signifie pas qu'une prophylaxie existe, c'est différent!).

Il semble que nous ayons découvert le risque biologique avec cette crise. Pourtant, sans chercher très loin dans sa mémoire, depuis quelques années, nous avons tous vécu la grippe aviaire avec des impacts sur toute la filière en France, la grippe porcine qui avait tué plus de 200.000 personnes (essentiellement en Asie)…

Reprenant le plan pandémie grippale de 2011, nous savions ce qu’il en était « L’apparition de virus grippaux pandémiques reste une préoccupation majeure. Rien ne permet, en effet, d’affirmer que la prochaine pandémie grippale aura le caractère relativement modéré de celle de 2009. Outre son impact sanitaire, une pandémie grippale peut provoquer une désorganisation du système de santé, mais aussi des perturbations importantes de la vie sociale et économique. La réponse relève donc d’une approche non seulement sanitaire mais intersectorielle » (cf le rapport ci-dessous)

 

Malgré cela, tout le monde semble démuni et non préparé. Les médias, une fois encore, ont amplifié le problème et nous avons toutes et tous entendus de trop nombreux experts. Mais étonnement, je n’ai vu aucun préventeur réel dans ces échanges. Aucune approche pragmatique ni rassurante pour les entreprises. En complément des difficultés sanitaires, nous avons ajouté une difficulté économique par notre absence de gestion de la prévention et une culture de prévention inexistante en France. Là où nous réglons tout à coup de lois, décrets, ordonnances et arrêtés, nos voisins européens (pour certains en tout cas) responsabilisent plus qu’ils n’ordonnent et ne dirigent. Notre désorganisation de la prévention se lit également à travers des branches parfois désorganisées et augmentant les exigences de l'Etat tout en se plaignant des contraintes une fois la reprise possible.

Très peu d’entreprises ont formé leurs équipes au risque biologique afin d’intégrer et de comprendre ce que sont les agents biologiques et donc donner du sens.

Est-ce un virus, une bactérie, …, j’ai encore vu la semaine passée une entreprise qui nettoyait ses surfaces de bureau avec un bactéricide… conseillé en cela par de précieux interlocuteurs. Ce matin encore, une entreprise innovante présentait un papier bactéricide dans les médias…nous parlons bien d’un virus !

 

La prévention ne sort pas que des bonnes choses en temps de crise. Et une expression m’est venue à l’esprit « covider n’est pas prévenir » parce que ce n’est sans doute pas le bon moment de faire de la prévention sur la base du Covid-19.

Cette situation extraordinaire ne doit pas être la base d’un changement fondamental de la manière de faire de la prévention. Il va devenir important et non négociable de travailler avec les préventeurs, la prévention par son approche systémique s’intéresse à tous les domaines de l’entreprise. Amplifier la crise Covid et en faire un sujet central du document unique serait une erreur fondamentale.

 - Tout d’abord ce virus s’il réapparait un jour aura muté et sans doute qu’une partie de la population sera en partie immunisée (c’est l’une des explications proposée sur le peu de cas au Japon à l’heure actuelle).

 - Ensuite, les personnes touchées gravement sont majoritairement les plus de 65 voire plus de 70 ans. Nous sommes peu dans cette tranche d’âge à avoir encore une vie professionnelle très active (à l’exception peut-être des élus).

 - Enfin, même si je pourrais continuer avec de nombreux autres éléments, l’enjeu principal est culturel. En qualité de préventeur, il est important de communiquer sur le « en » et « hors » travail lorsque c’est nécessaire. Si le risque machine est majoritairement présent au sein de l’entreprise et donc traité spécifiquement, le risque routier est aussi important lorsque je fais du shopping que lors de mes déplacements pour mon activité.

Le risque lié à un virus comme le covid-19 est présent que l’on soit ou non au travail. Le rôle de l’activité professionnelle devient cruciale, à mon sens, car c’est le seul endroit où chaque salarié, chaque agent, pourra disposer d’un minimum de formation pour donner du sens et prendre le temps de comprendre les mesures de prévention.

J’ai été provocateur avec quelques TPE-PME pendant cette crise en appuyant non pas sur les règles qu’elles mettaient en place mais plutôt sur la maîtrise de leurs équipes. Tant que chaque salarié n’a pas compris que la règle était pour lui et son entourage, la maîtrise est illusoire.

Le préventeur avec des risques de ce type doit se ré-inventer pour aider à passer du cadre à la volonté et donc un certain niveau de compréhension par le dirigeant et son équipe encadrante.

 

Agir voire sur-agir a parfois mis la prévention comme incompatible avec le travail (on oppose encore trop souvent production et sécurité). Le risque juridique sclérose les décisions des dirigeants et des branches professionnelles. Nous en oublions l’obligation de diligence normale du chef d’établissement et sa nécessaire action tout le long de la vie de l’entreprise.

Nous ne faisons pas confiance à nos équipes parce que nos relations employeur-employés sont archaïques et basées sur la défiance. En dehors d'un accord de relance CFDT-MEDEF en Pays de la Loire, peu d’initiative similaire en France la CGT a même mis à mal la reprise chez Renault (Ahurissant!)

Covider n’est pas prévenir car nous sommes restés dans des schémas anciens avec la main mise d’organisations justifiant leur travail par la peur qu’elles transmettent aux dirigeants. Elles figent les entreprises en lieu et place de leurs apprendre à marcher différemment pour pouvoir courir à nouveau. A l’instar de la course à pied, on ne passe pas d’un 10km sur route à un kilomètre verticale en 1 semaine, l’entraînement et la manière d’aborder la situation sont nouveaux.

Prévenir aujourd’hui et demain se construit avec les préventeurs. Attention, je ne parle pas ici des fonctions QSE agissant sur la procédure ou le mode opératoire, je parle bien de personnes formées et intéressées par la prévention des risques sous une forme systémique.

Au plaisir d’échanger.

Jerome

Plan pandémie grippale 201

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Commenter cet article

V 08/07/2020 11:36

« Le préventeur (...) doit se ré-inventer pour aider à passer du cadre à la volonté et donc un certain niveau de compréhension par le dirigeant et son équipe encadrante ».
Je crois que cela résume encore malheureusement trop souvent les freins à une VRAIE démarche santé-sécurité...